Protection de l’enfance : la famille d’accueil avant l’établissement

Intervention d’Elodie JEANNETEAU

Session du 11 février 2026

Madame la Présidente, chers collègues,

Vous nous proposez cette année une augmentation de 0% de la tarification des établissements sociaux et médicaux sociaux relatifs à l’enfance. Nous avons bien compris votre logique de ne pas augmenter les dépenses de fonctionnement, car vous souhaitez conserver une gestion de « bon père de famille » très bien, nous aurions sans doute fait le même choix de gestion.

Le budget de fonctionnement de 220 millions pour l’enfance et les familles, mériterait toutefois selon nous une analyse bien plus poussée à la loupe : quels sont les 87% de charges incompressibles ? De plus, une autre question se pose : comment savoir s’il faut augmenter ou baisser une charge de fonctionnement s’il n’y a aucune évaluation consultable ? Certains éléments manquent pour que nous puissions comprendre quel est votre choix politique à budget constant pour l’enfance. Nous notons toutefois les expérimentations menées qui sont prometteuses pour le fonctionnement de notre institution, mais il faut encore aller plus loin. Car nous avons l’impression en vous écoutant, que comme aucune augmentation de budget n’est possible, alors on ne peut pas ne pas avoir d’orientation politique engageante, mais alors où allons-nous pour performer ?

Ce n’est pas parce que le budget reste le même qu’on ne peut pas être ambitieux au contraire ! De notre côté, nous avons constaté quelque chose de très simple pour une vision long terme de la politique de l’enfance à budget constant, qui s’inscrit dans votre ligne, je crois, vu les objectifs d’accueils familiaux présentés tout à l’heure. En faisant passer la moyenne du nombre d’enfants de 1,45 à 2 enfants accueillis par famille d’accueil en moyenne, notamment en levant l’ensemble des freins externes (contraintes du logement) et internes (en soulageant les familles de certaines contraintes  administratives, et en créant des temps de répit plus important), nous pourrions accueillir 308 enfants en plus : cela correspond aux 204 enfants qui sont actuellement en attente de placement (chiffres de septembre dernier) et à 98 autres places supplémentaires. Cette mesure nous couterait 1,63 millions d’€.

Mais sachant qu’un enfant placé en structure collective coûte 25.000€ de plus par an qu’un enfant placé en famille d’accueil, je vous laisse faire le calcul des économies de fonctionnement que nous pourrions réaliser, tout en accueillant tous les enfants en attente et dans de meilleures conditions (le cout d’accueil de 302 enfants en structure collective serait de 7,55 millions. Dans le même temps, si, avec cet effort, nous persévérons en recrutant environ 70 nouvelles familles d’accueil par an sur 3 ans, pour avoir moins d’accueil en structure collective, cela représente une économie supplémentaire de 1,67 millions d’€ par an. Ces deux stratégies combinées sont des opportunités immenses, et démontrent qu’un cap politique ambitieux est possible à budget constant avec une vision pluriannuelle et une stratégie interne d’efficacité redoutable.

Madame la Présidente, chers collègues, nous n’attendons que cela d’y travailler collectivement, pour aller bien au-delà d’un exécutif de gestion. L’efficience est possible même dans le secteur du social. Et en l’occurrence, dans l’intérêt d’un meilleur accueil de l’ensemble des enfants en danger de notre département. A ce titre, nous espérons avoir une communication très prochainement du plan pluriannuel de fonctionnement sur ce sujet de l’enfance qui nous préoccupe tous.

Share This