Propos introductifs de Grégory BLANC
Session du 11 février 2026
Madame la Présidente, Cher.e.s collègues,
Les débats de la loi de finances sont désormais derrière nous. Dans notre pays centralisé, il fallait un budget, notamment pour permettre à nos collectivités de construire le leur. Ce budget n’est pas de gauche, il n’est pas de droite, pas du centre, … ce compromis nécessaire ne fait en réalité que gagner ou perdre du temps d’ici 2027, en reportant les grands arbitrages au lendemain de l’élection présidentielle. Il faut donc aborder notre budget avec une longue vue.
Une chose est donc claire : dès le lendemain de l’élection présidentielle, des décisions budgétaires difficiles s’imposeront quel que soit le candidat élu. Dans ce cadre, comment imaginer que les collectivités ne seront pas mises sous pression ? Elles le seront durablement. Les chiffres sont là.
Elles le seront soit par des baisses de dotation, soit par des transferts de compétences à bas bruit, non financés, comme nous venons de le vivre au Sénat avec le texte sur les polices municipales. Certains dans le débat électoral veulent agiter le totem « Police municipale » comme si c’était un remède miracle à tous les problèmes de sécurité…
Or, d’une part, le gouvernement en profite pour, à bas bruit, élargir les compétences sans transférer les moyens financiers. D’autre part, en vrai, sur le terrain, il n’y a pas un seul problème de sécurité, ni même deux, mais il y a bien une hétérogénéité de situations qui demandent chacune une solution appropriée. En clair, on ne répond pas à une problématique de dépôts sauvages d’ordures ménagères en milieu urbain, où une installation de caméra peut être une réponse, comme en milieu rural, où on ne va pas installer des caméras à tous les coins de champ.
Idem : en milieu rural, il faut quelquefois lutter contre l’isolement là où dans les quartiers prioritaires, on a d’abord besoin d’adultes pour encadrer la trop forte proportion de familles monoparentales et de jeunes de moins de 15 ans, deux fois plus importantes qu’ailleurs.
Cette différenciation des besoins selon les territoires demeure un impensé à l’échelle nationale, dans un pays à la tradition centralisatrice. La différenciation pour construire des outils appropriés à chaque situation est pourtant bien l’enjeu premier du chantier à ouvrir. On n’agit pas à Paris comme en Alsace, dans le Nord comme en Dordogne.
Pour les années qui viennent, l’efficience sera la clé. Il y a bien évidemment le sujet de l’intégration de l’intelligence artificielle que nous demandons. Cette intégration est différente selon notre façon d’organiser nos politiques. Nous devons rapprocher les décisions des territoires et renforcer la capacité des acteurs de proximité à fabriquer des réponses. Bref, mieux responsabiliser chacun.
Dans ce cadre, le débat souhaité par le Premier Ministre sur la décentralisation doit être saisi. Nous vous demandons, Madame la Présidente, la banalisation d’une demi-journée. Un séminaire pour clarifier notre vision de la décentralisation. Nous devons être proactifs sur le sujet.
Ce travail est d’autant plus nécessaire que ce qui est vrai à l’échelle nationale est vrai aussi pour notre collectivité. Comment être plus efficient dans une période où l’argent public va rester rare ?
La différenciation territoriale est une revendication que notre groupe défend depuis longtemps, que nous avons réaffirmée dès le début de ce mandat, convaincus que sur certains points, agir uniformément à Angers comme à Noyant Villages, à Cholet comme à Saumur est une erreur.
Il faut décentraliser davantage nos fonctionnements départementaux et assumer de donner plus au Saumurois, au Segréen et aux quartiers prioritaires. Je rappelle que la suppression des crédits à la politique des quartiers prioritaires a été un désaccord important lors de nos échanges sur le budget passé.
Territorialiser, c’est d’abord nous autoriser à aller plus loin dans la façon de construire de nouvelles formes de mutualisation, sur les bâtiments, sur les réseaux de chauffage, sur les restaurants collectifs, mais aussi pourquoi pas sur la gestion de la voirie, sur les réponses à construire face aux carences médicales, etc. Notre Département doit être plus souple, moins centralisé.
Territorialiser, c’est aussi répondre à l’enjeu démocratique. Nous sommes en Maine-et-Loire, et nous voyons bien des débats surgir partout où les communes nouvelles se sont créées. Les oppositions municipales se structurent trop souvent sur l’éloignement des lieux de décision et sur le besoin de proximité. Il y a un besoin, une demande, de participation des habitants, des associations locales, des entreprises. Prendre des décisions avec eux sur des subventions plus ajustées, accepter un fonctionnement moins administratif. Les conseillers départementaux doivent être au cœur de ces processus.
Les élections municipales et le renouvellement des équipes nous ouvrent une fenêtre de tir. Madame la Présidente, cher-e-s collègues, nous vous demandons la mise en place de forums de discussion dans chaque intercommunalité dès le lendemain des élections. Un sujet, transversal à toutes les institutions, est prioritaire pour la plupart de nos concitoyens : la santé. Les institutions ne trouveront pas seules la solution parce que, selon les territoires, les outils et les besoins sont différents. En revanche, le Département est un acteur : EHPAD et construction de pôles gérontologiques de proximité, médecins de la PMI, hygiène du logement, co-financement de maisons médicales, etc. le Département est un acteur de ces enjeux, même si l’ARS et l’Etat en demeurent pivot.
Madame la Présidente, vous avez décidé de quitter Cholet pour rejoindre le giron du maire d’Angers. C’est un marqueur et cela renforce les interrogations sur cet enjeu de la différenciation territoriale dans les politiques du Département. Je le dis sans malice, mais publiquement, en transparence, parce qu’à l’extérieur, les politiques de cette maison seront dorénavant aussi scrutées avec cet œil-là.
Ce choix de candidater à Angers vous appartient, et cette enceinte n’est pas le lieu des débats municipaux. En revanche, il n’est pas possible d’esquiver la question qui se pose politiquement ici et nulle part ailleurs : celle des solidarités territoriales, rééquilibrer les disparités est une de nos compétences obligatoires. Voilà pourquoi cette année plus que les autres, il est urgent de mieux territorialiser l’action départementale, clarifier dans nos schémas notre plus-value pour le Saumurois, le Segréen, les quartiers prioritaires, c’est-à-dire ceux qui ont moins.
Refuser d’agir dans ce sens, c’est donner raison à ceux qui interrogent la mise en coupe réglée de notre collectivité.
Voilà Madame la Présidente, cher.e.s collègues, l’état d’esprit qui est le nôtre au moment d’introduire cette session. L’heure est venue d’aller plus loin dans la territorialisation de nos politiques. Un nouveau directeur général est présent. Nous sommes sûrs que c’est le bon moment pour appuyer sur l’accélérateur et démontrer qu’il est possible d’aller plus loin pour être plus efficient.
Bonne session à toutes et tous.