Intervention de Grégory BLANC sur les orientations budgétaires 2026
Session du 11 février 2026
Madame la Présidente, Cher-es Collègues,
Au moment d’examiner ce DOB, un constat préalable : notre conseil départemental est comme plus de 60 autres départements en situation de fragilité. Quand je vois certaines oppositions à gauche ou à droite qui vont dans la caricature, elles ne sont pas à la hauteur du moment.
Disons le clairement, compte-tenu de la difficulté de l’exercice, sur 5 ans, c’est sans doute seulement 30 M€ sur lesquels des choix différents pourraient intervenir tant la rigidité est là. Sur ce prochain exercice, probablement entre 5 et 7 M€ grand maximum…sur 850 M€. Ce n’est pas pour autant que nous n’avons pas nos divergences.
Aussi, il faut être clair. Ces contraintes font que personne ne peut faire cocorico en se parant d’une image de bon gestionnaire. De même, la vérité est crue : les Départements sont sous perfusion avec un modèle de fonctionnement et de financement obsolète. L’an passé, il avait fallu pousser sur l’augmentation des taux de DMTO (pas assez au final, et je regrette que la droite parlementaire n’ait pas suffisamment appuyé ce que nous étions quelques-uns à défendre y compris au sein de Départements de France). Cette année, c’est le fonds de sauvegarde qui sera mobilisé. 8,8 M€ que nous devrions toucher et qui ne sont d’ailleurs pas encore inscrits à ce ROB. J’y reviendrai.
En vérité, nous pensons que les départements ne peuvent plus quémander chaque année, nous devons proposer une vision claire de réforme des recettes avec nos collègues des autres départements. Au moment où nous devons repenser nos mécanismes de protection sociale, notre voirie, nous devons affirmer clairement les priorités.
Je le dis parce qu’en définitive il y a 2 approches et on ne peut pas tenir un discours à Paris et un autre dans les territoires.
Oui, il faut plus d’efficience dans la gestion publique, et notre pays souffre évidemment d’une sur-administration, de doublons qui nous coûtent et nous font perdre en efficacité.
Mais notre pays -dont la dette a servi à payer les baisses d’impôts pour quelques-uns qui ne veulent toujours pas renvoyer l’ascenseur aujourd’hui- et bien notre pays va devoir faire face au vieillissement (10 milliards d’euros/an), aux conséquences du dérèglement climatique (143 milliards d’euros d’ici 2050), à la protection des familles (2 à 3 milliards d’euros/an). Et tout cela concerne directement notre collectivité.
Face à cela, oui, il y a 2 approches :
- Soit soutenir seulement les plus faibles, et renvoyer à des assurances privées tous les autres.
- Soit rénover notre modèle social, ce qui passera par une nouvelle répartition de l’effort, avec plus de recettes publiques.
Dans les deux cas, cela coûtera plus cher. La question est donc de savoir qui paie et comment, et où on fait des économies et qui sera impacté.
Ce débat général n’est pas que national. C’est aussi le nôtre, d’abord parce qu’il s’agit des compétences des Départements, mais aussi parce qu’en y regardant de plus près :
- Sur-administration centrale
- Augmentation des recettes et contributions des plus aisés
- Renforcement des protections des plus fragiles
Et bien ces trois sujets sont aussi les débats que nous devons avoir d’ici au budget primitif.
- Sur-administration centrale. Mon premier point :
Les dépenses de personnel ont augmenté, comme le soulignait Jean-Luc Rotureau l’an passé, de plus 25 M€ depuis 2021, sur 157M€ au total. 16% de hausse en 4 ans. C’est conséquent. Parmi ces embauches, il y a celles que nous avons demandées. Force est d’admettre aussi que, pour toutes, nous ne nous y sommes jamais opposés.
En revanche pour l’avenir, un examen attentif implique de relever que la hausse concerne les catégories A, c’est-à-dire l’encadrement central, qui est passé de 34% à 38% de la masse salariale tandis que les catégories B et C diminuaient.
Dit autrement, plus d’encadrement et moins d’agents en proximité.
Je l’ai dit en introduction, il faut remettre du service public dans les territoires, nous demandons une territorialisation plus poussée, avec davantage de polyvalence, et sans doute avec l’IA il s’agit de réfléchir comment, et dans ce cadre, il faut une administration centrale plus agile, faisant davantage confiance aux territoires. Parce que la confiance, s’il y a nécessité de mieux maîtriser les effectifs, la confiance est un impératif pour obtenir de l’efficience.
- Une hausse des recettes et une contribution des plus aisés. Mon 2e point :
Depuis un an, on a soulevé l’idée de travailler sur la tarification sociale, rien n’a bougé. Je le redis : quand un repas coûte 9€, il n’est pas possible que ceux qui gagnent plus de 5000€ / mois soient aidés de la même façon que ceux qui gagnent le SMIC ou seulement un peu plus. Il nous semble indispensable de mettre de la progressivité dans les tarifs.
De la même façon, il faut revoir les dotations aux collèges en fonction de l’indice de positionnement social (IPS).
- Mon 3e et dernier point. Renforcement des protections et protection des publics fragiles d’abord :
Là aussi, il faut mieux accompagner ceux qui ont moins, et mieux le définir par territoire. Parce qu’encore une fois il y a des personnes qui ont moins en QPV, et cela n’a pas les mêmes impacts qu’en milieu rural.
La politique en direction des quartiers prioritaires a été sabrée l’an passé. Dans ces quartiers, il y a 50% de jeunes de moins de 15 ans en plus. Il y a aussi deux fois plus de familles monoparentales, c’est-à-dire un déficit d’adultes.
Il est urgent de réinvestir les politiques de prévention dans ces quartiers. 200 000€ ou 300 000€, pour mieux identifier le travail sur la parentalité.
De même, entre 2024 et 2025 : les budgets pour les collèges ont baissé d’un tiers selon la DGCL. Il y a sur ce point des chiffres à vérifier, puisque l’on retrouve dans les documents une baisse qui avoisine les 10% lorsque l’on cumule le fonctionnement et l’investissement. En somme, la baisse du budget collèges est acceptable sur un an. Pas sur plusieurs exercices. D’abord parce que la jeunesse doit être notre priorité.
Plus honnêtement, comment comprendre qu’on continuerait de financer le SCO et que, parallèlement, on sabre dans les budgets de “collèges en action”, qui permettent d’ouvrir les horizons, notamment dans les collèges où c’est moins évident.
Il y a des priorités, et le soutien à la scolarité est prioritaire à nos yeux.
A nos yeux, il faut engager un désengagement sur les publics qui ne sont pas ceux prioritaires de la collectivité.
Ce qui est vrai pour le soutien à la scolarité l’est aussi en définitive pour l’investissement dans les collèges. Cela fait 15 ans que notre Département est en sous-investissement chronique. Au final, cela se traduit par des coûts d’entretien qui explosent. Le défi climatique est aussi là.
Mieux protéger notre Territoire doit passer par un renforcement de l’investissement sur nos compétences. Les EHPAD et la solidarité, les collèges, la voirie, l’environnement. Tout cela nous oblige à revisiter les priorités.
Parce qu’à la fin, de ce point de vue, une gestion prudente aurait été d’investir plus fortement pour nos collèges il y a encore 8 ans. Nous payons aujourd’hui cette gestion que certains qualifiaient alors de prudente. Nous pensons toujours que ce n’était pas de la prudence de procéder ainsi.
Voilà pourquoi, nous allons percevoir près de 9 M€ du fonds de sauvegarde qui ne sont pas encore inscrits. Nous demandons à ce que 2 M€ servent au fonctionnement, deux autres soient mis en réserve, et 5 aillent à l’investissement, principalement dans les EHPAD et les collèges.