Décision modificative n°2 2026 : une occasion manquée d’accélérer l’investissement

Madame la Présidente, cher-e-s collègues,

Nous ouvrons donc cette session dans un contexte particulier, le fond de l’air est gazeux : les tensions s’accumulent.

  • L’Europe est chaque jour davantage fragilisée depuis le Brexit ;
  • La guerre a fait son retour sur le Continent ;
  • Trump dérègle les marchés avec des impacts terribles pour nos concitoyens en matière de pouvoir d’achat ;
  • Nos finances publiques sont en crise depuis 4 ans et désormais les taux d’intérêt obèrent toutes marges de manœuvre.

Et au-delà, le dérèglement climatique lui-même empêche tout répit : les inondations, les sécheresses, les feux, le manque d’eau, tout cela fatigue les organismes autant que nos systèmes publics.

Désormais, ce sont les lycéens qui sont dans la rue avec les étudiants. Comment pourraient-ils ne pas l’être ? Il y a certes les casseurs qui doivent être sanctionnés et il appartient à l’État de rappeler sa solidité. Mais comment ne pas être choqué quand des grenades sont envoyées sur des mineurs ? Nous attendons une réponse gouvernementale forte.

Surtout, comment ne pas entendre que nous avons une jeunesse qui nous interpelle, qui doute de nous-mêmes, qui voit bien que certains, qui possèdent le patrimoine du pays, sont servis alors que d’autres, et notamment ces jeunes qui pour beaucoup, demeurent dans l’angoisse.

Jamais la santé mentale de la jeunesse n’a été aussi précaire. Elle ne cesse de se dégrader depuis les crises COVID. L’hôpital psychiatrique est saturé, les CMP mettent parfois jusqu’à 3 mois pour honorer un 1er rendez-vous.

Face à cela, notre pays désinvestit massivement dans l’Éducation nationale. Depuis 30 ans, il est le ministère qui a le plus contribué en point de PIB au redressement des finances. Nos enseignants gagnent moins que le salaire médian en début de carrière. Les programmes changent en permanence, sans formation professionnelle à la clé, de nombreux établissements, pas que des lycées d’ailleurs, sont inadaptés au changement climatique, ….

Tout cela, ce sont des signaux, et ces signaux sont évidemment perçus par nos jeunes. Comment peuvent-ils penser que nous les considérons comme notre avenir quand ce qui est mis sur la table pour eux est en baisse alors que d’autres, les 1% plus riches notamment, profitent massivement des baisses d’impôts, et continuent de s’adonner à l’évitement fiscal pour plusieurs milliards d’euros.

Quand la société devient conservatrice, elle finit par oublier de miser sur l’essentiel.

Mes collègues et moi pensons que la jeunesse est notre priorité, que l’éducation est notre priorité, que l’accompagnement des familles et la continuité éducative sont notre priorité.

Voilà pourquoi, depuis plus de 10 ans, nous alertons ici, à notre niveau, sur la nécessité de prioriser les collèges et les programmes éducatifs ; voilà pourquoi nous voulons la tarification sociale dans les cantines ; voilà pourquoi nous nous sommes opposés à toutes les baisses des budgets des éducateurs de rue et des travailleuses familiales par exemple (les TISF).

  • Comment comprendre que, ici, de l’argent demeure investi dans des passerelles vélos pour le tourisme à Bouchemaine, c’est-à-dire pour l’été, et pas pour les déplacements vélo du quotidien, alors que des travaux dans des collèges sont reportés ?
  • Comment comprendre que, depuis 2021, les crédits consacrés aux actions éducatives, comme Collèges en action, aient diminué de 54 %, tandis que ceux alloués à Anjou Tourisme ont progressé de 1,62 % ?
  • Comment comprendre à cette Décision modificative, alors que le nombre de bénéficiaires du RSA progresse, que vous baissiez les enveloppes allouées aux dispositifs d’insertion ?

Je vous le dis, il y a un problème de gestion grandissant au sein de cette collectivité : à force de repousser sans cesse les investissements dans les collèges et sur nos compétences obligatoires, le Département perd des marges de manœuvres.

Je veux prendre 4 exemples pour illustrer :

  • Le 1er : le fonds de sauvegarde. Il est de 8,9 M€. Je vous en ai donné le chiffre au centime près lors du Budget Primitif, au début de cette année. Vous avez attendu 4 mois pour l’inscrire, 8 mois désormais pour le mettre en réserve… et au final plus d’un an, en 2027, pour le dépenser.

 

  • 2ème point : les travaux pour la prison sont toujours inscrits au PPI (10M€) dont 1 M€ dès 2027. Tout le monde sait désormais, comme je l’ai dit en juin lors du vote du budget supplémentaire, que les marchés sont tombés. Au mieux, ce sera 2029, il faut donc l’acter, dégager dès à présent les crédits et les affecter ailleurs, lancer les opérations. Il est regrettable de ne pas l’avoir fait en Juin. Il faudra donc attendre Décembre, et donc des ajustements seulement à partir de 2027.

 

  • 3ème point : il y a 6 ans, les taux étaient bas, les matières premières plus basses Sur les 6 dernières années, si nous avions engagé 40 millions d’euros, nous aurions économisé près 23 millions d’euros. 23 millions, c’est la hausse du coût de la construction près de 9 millions d’euros entre 2021 et 2026. C’est aussi la hausse du coût des crédits, presque 15 millions d’euros si nous avions dû emprunter ces sommes alors. 23 millions d’euros qui sont en quelques sortes partis en fumé. Aujourd’hui les taux d’intérêt explosent de mois en mois et attendre c’est donner de l’argent au créancier plutôt que soutenir nos actions.

Aujourd’hui, les taux d’intérêt explosent de mois en mois, et attendre, c’est donner de l’argent aux créanciers plutôt que soutenir nos actions.

  • 4ème et dernier point : l’État n’a plus d’argent. Il va donc continuer de sabrer dans le compte collectivités, sans doute 15% du budget de fonctionnement d’ici Le Projet de Loi de Finance prévoit ainsi, notamment parmi de nombreuses joyeusetés, la CPEB pour succéder au DILICO. Mais surtout, pour la 1ère fois, c’est l’investissement qui est dans le viseur à travers la baisse du taux de FCTVA. Dit autrement, quand nous investirons demain, nous récupérerons moins de TVA qu’aujourd’hui.

Bref, attendre pour investir, laisser dormir l’argent, c’est brûler pour rien une partie du billet, c’est laisser le cash s’envoler. Un bon chef d’entreprise et même un bon père de famille, ne gérerait pas comme ça.

Une gestion prudente aurait consisté à inscrire dès le Budget Primitif, le fonds de sauvegarde et à engager les opérations sans tarder, à loger aussi une partie des surplus du fonds de réserve dans nos satellites. Il est encore temps d’agir.

Demain, il y aura la hausse des taux, l’inflation et toujours moins d’argent pour les collectivités. Le chiffre qui court à Bercy, c’est 50 milliards d’euros, sur quelques années qui seront prélevés sur le compte collectivités. Cela représente une baisse de l’ordre de 15% et quel que soit le prochain Président de la république, la réalité financière du pays est connue et nous ne parviendrons pas à nous exonérer d’un certain nombre de choix. Et parce qu’il y aura des baisses il est encore plus urgent de saisir les opportunités présentes aujourd’hui.

Si nous continuons d’être dans l’attentisme ce sont des marges de manœuvre qui continueront de s’envoler.

Madame la Présidente, cher-e-s collègues, il faut utiliser l’argent, faire les travaux, le mettre dans la pierre au profit de notre jeunesse, c’est le sens des amendements que nous défendrons toute la journée. Pour ceux qui concernent le PPI, il s’agit à nos yeux d’amendements d’appels, nous les expliquerons pour que le débat puisse vivre et les retirerons en séance au moment des délibérations.

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